La contribution de la danse à l'univers de la danse

Les bordels et la prostitution ont généralement toujours été méprisés et associés au crime, à la pauvreté, la misère et à la déchéance. En effet, l’histoire démontre que dans certains contexte, la prostitution existait au sein de populations pauvres et opprimées et était une alternative économique permettant à plusieurs personnes de survivre dans un contexte politique et socioéconomique difficiles.

Pourtant, ces milieux défavorisés où s’exerçait la prostitution se sont avérés aussi être des lieux de création artistique. Dans les bordels, marqués par la pauvreté des esclaves noirs, des immigrants et des classes sociales défavorisées, sont nées plusieurs danses. D’abord très méprisées, ces danses sont toutes devenues aussi populaires les unes que les autres. Au-delà de la pauvreté et de la mauvaise réputation des bordels et de la prostitution se trouve un espace de création sans précédent.

LE CHARLESTON

Le Charleston est l'une des danses d'origine américaine les plus populaires de l'entre-deux guerre. Le Charleston est né en Caroline du sud aux Etats-Unis en 1918 dans les « Jock Houses » des maisons de souk, de jeu mais souvent aussi des bordels. Ces dancings permettaient aux Noirs ségrégués de se rassembler pour faire la fête. Le charleston se danse en solo, à deux ou en groupe, sur un rythme endiablé.

LES SLOW DRAGS

Les slow drags sont des danses de couples très lascives et sensuelles. Elles consistent à bouger lentement, ventre contre ventre et les partenaires sont collés l’un sur l’autre. Les slow drags sont nés en Nouvelle Orléans, en 1897. À cette époque, les activités du port de la Nouvelle Orléans étaient très importantes. Un magistrat nommé Story a décidé de réserver un quartier complet aux activités de plaisirs et divertissements. Il nomma ce quartier Storyville, quartier habité par maisons de jeu, les bars, les dancings et les bordels. Les musiciens professionnels venaient nombreux pour y jouer de la musique, notamment dans les bars et les maisons closes, et accompagnaient les prostituées qui dansaient des slow drags avec leurs clients.

LE TANGO

Le tango désigne à la fois une danse et un genre musical. Né en 1898, à Buenos Aires en Argentine, il est un mélange de musiques et de rythmes populaires : chansons des gauchos et payadores de la pampa, lundu et la habanera cubaine, danses créoles, fado brésilien, candombé des communautés d’esclaves noirs africains, flamenco, valse, polka et autres danses importées par les immigrants italiens, espagnols, français ou d’Europe centrale.

À cette époque, la prostitution était florissante dans les faubourgs du sud de Buenos Aires compte tenu de la disproportion entre les hommes et les femmes. De nombreux hommes immigrants se sont installés dans les "conventillos", des quartiers marécageux du sud de Buenos Aires.

La musique était jouée par les musiciens à la porte de misérables bars des faubourgs et la danse s’improvisait sur les trottoirs par les "compadritos", ces nouveaux immigrés célibataires considérés comme des vauriens. Les chansons mélancoliques, celles des pauvres et des opprimés, parlent de sexe, de prostitution, d’amour, de trahison, d’exil et de mort. La danse s’apprenait d’abord entre hommes qui se rendaient ensuite dans les bordels pour appliquer leurs figures viriles et lascives avec les prostituées.

Le tango est arrivé à Paris vers 1905. L’Église catholique y a vu naturellement une danse sexuelle diabolique et s’est empressée de la condamner. La bourgeoisie de Buenos Aires a, elle aussi, rejeté sévèrement le tango compte tenu des attitudes provocantes de la danse. Ce fut à la fin de la première guerre mondiale que le tango argentin connu un succès dans le monde entier. Il est devenu acceptable même par la « bonne société distinguée. »

LA BACHATA

La bachata, originaire de la République dominicaine, est à la fois un genre musical et une danse. Ballade de passions nostalgiques et de romantisme, elle était jouée dans les fêtes de villages et dans les quartiers pauvres de la République.

Elle a longtemps été considérée comme la musique de la rue, associée la prostitution et au crime. Reléguées aux bordels, les premières chansons de bachata racontaient des histoires d’amour de prostituées. Les chansons parlaient concrètement de la misère des campagnes ou des quartiers défavorisés, de l’alcoolisme, des maisons closes, des conflits et décrivaient la détresse des relations amoureuses dans un contexte social difficile. La bachata se danse en couple et consiste en une série de déhanchements sensuels et parfois sexuels, effectués sur un rythme lent et langoureux.

La bachata n’était pas vraiment pas apprécié de tout le monde. Les classes sociales dominantes considéraient cette musique comme vulgaire, mineure et paysanne. Les joueurs de Bachata étaient considérés comme de mauvais musiciens et le terme péjoratif « Bachatero » était utilisé pour les désigner. La bonne société a tenté à quelques reprises d’interdire cette danse qui était celle des « voyous » et des « putains. » Le succès international de la bachata est arrivé en 1991, avec la pièce musicale « Burbujas De Amor » de Juan Luis Guerre. Elle de plus en plus connue grâce à la popularité croissante des danses latines en général.

LA RUMBA

Le terme Rumba provient de l’expression « mujeres del rumbo », qui désigne les femmes qui pratiquaient certaines formes de prostitution dans les salles de bal.

La rumba est une danse ancienne d’origine cubaine. Ce sont les Noirs qui sont créateurs du rythme de base de la rumba. Les mouvements de la rumba étaient considérés pervers aux yeux de l'aristocratie cubaine qui décida de la bannir. Cette danse a évolué au sein d’un mélange de culture entre les Noirs, les Créoles et les Espagnols pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui.

La Rumba a ensuite franchi les océans, et prit d'assaut les dancings et les salles de bal du monde entier. Il y a seulement quelques années, la croissante popularité internationale pour cette danse a amené l'aristocratie cubaine à permettre que ces « trémoussements sexuels » soient introduits dans ses salles de bal et présentés aux touristes.

La rumba se danse en couple et consiste en une chorégraphie fondée sur la séduction où la danseuse finit toujours par succomber au danseur.

LE FRENCH CANCAN

Le french cancan est né à Paris et a été très populaire au début du 20ème siècle. Le french cancan a été influencé par le quadrille, une danse parisienne créé par Céleste Mogador, une danseuse vedette du Bal Mabille. Il est devenu une danse anti-conformiste des banlieues parisiennes.

Le Moulin rouge est un des lieux les plus célèbres où se dansait le french cancan. Cette danse a, elle aussi, été largement associé à la prostitution. Les music-hall enfumés étaient généralement remplis de monde qui buvaient à devenir ivre. Les cancaneuses dansaient alors que les spectatrices et spectateurs séduits, hurlaient et criaient. Jambes en l’air, les danseuses faisaient le grand écart et exhibaient fièrement leurs jupons, leurs dentelles, leurs jarretelles, leur culotte et tout le frou-frou affriolant.

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