Les Devadasi, épouses divines de l'Inde traditionnelle

Devadasi signifie servante de la divinité. Dans le sud de l'Inde classique, les devadasi étaient des femmes qui devaient consacrer leur vie au temple. Généralement, les jeunes filles étaient retirées de leur famille dès leur jeune âge et recevaient le bottukala, c'est-à-dire une éducation d'une durée de plusieurs années. Durant leur formation, ces femmes recevaient une rétribution et avaient accès à certains privilèges. Elle apprenaient notamment à danser le bharat natyam, la danse classique du sud de l'Inde et apprenaient plusieurs langues tels que le kannada, le tamoul et le sanskrit. Avant de devenir devadasi, les femmes devaient être initiées par une cérémonie nommée Arangetral. Une fois leur initiation terminée, elle recevaient un collier en or et se voyaient accorder le droit de danser devant la divinité.

Une fois reconnues comme devadasi, il devenait pratiquement impossible à ces femmes d'épouser un homme. Elles étaient en quelque sorte mariées au temple et étaient considérées comme les épouses divines. Bien qu'elles n'aient pas accès au mariage, la majorité d'entres elles avaient régulièment des relations sexuelles avec les personnes qui fréquentaient les temples.

Dans les sociétés hindoues traditionnelles, une multitudes de pratiques sexuelles étaient acceptées. L'architecture des temples en témoigne, les divinités hindoues sont généralement présentées dans leur nudité et de manière très sensuelle. Le populaire Kama Sutra, ancien enseignement de la sexualité hindou, témoigne aussi du fait que la religion et la sexualité tissaient des liens intimes. Le Kama Sutra a été écrit par un vieux sage nommé Vatsyayana et ce dernier liait la sexualité et le désir (kama) à la religion.

Les devadasi offraient le plaisir sexuel par l'entremise d'un acte religieux, ont les associaient à la déesse Yellamma (symbole de la fertilité). Elles étaient dédiées à avoir ces relations sexuelles car elles incarnaient l'amour libre et sans limite. En plus de leur rôle de danseuses et de déesses de l'amour, elles devaient également effectuer des tâches diverses à l'intérieur du temple, notamment des tâches d'entretien comme par exemple de mettre de l'huile dans les lampes sacrées et offrir la nourriture à Yelamma.

Dans les temples les plus importants du sud de l'Inde ont pouvaient retrouver plus d'une centaines de devadasi. Elles jouissaient d'un statut particulier et étaient respectées par la société indienne puisque les temples occupaient une place centrale dans la vie sociale.

C'est principalement le puritanisme des colons britanniques et la modernisation des groupes sociaux traditionnelles de l'Inde qui ont conduit à l'abolition du système des devadasi. De nouvelles valeurs morales ont été mise de l'avant et la tradition devadasi a été interdite et criminalisée. Le système des devadasi a été abolis par les britanniques en 1925. La pression des enseignements bouddhistes et jaïns qui mettent de l'avant la renonciation physique et sexuelle ont également contribué à diminuer sa popularité.

Le système des devadasi a été remplacé par la prostitution et les danses érotiques pratiquées dans la clandestinité que l'on connaît aujourd'hui. Les femmes prostituées et les danseuses érotiques ont eu droits au même sort que l'on réserve à celles des sociétés occidentales en général.

Le bharat natyam, cette danse classique dansé par les devadasi, était également très désapprouvées par les britanniques. Le bharat natyam a toutefois été sauvé d'un oubli presque total au début du XXe siècle. Cette danse ne s'exerce plus dans les temple mais est maintenant enseignée de maîtres à élèves.

Des liens pour en savoir plus :

Princesse Kama, une sympatique devadasi des temps modernes (site en anglais) et sa page d'information sur le système des devadasi : www.princesskama.com/devadasi.html

Inde: le sida vainc la pudeur, Shreedhar Rajan, cinéaste indien.

Le Bhartiya Bargirls Union, le mouvement des danseuses du Maharashtra (en anglais)

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